La Nuit des Temps, de René Barjavel, Pocket, 1999 (édition originale en 1968), 380 pages, 6.60€, 9782266023030.

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Résumé de l'éditeur:

Dans l'immense paysage gelé, les membres des Expéditions Polaires françaises font un relevé du relief sous-glaciaire. Un incroyable phénomène se produit : les appareils sondeurs enregistrent un signal. Il y a un émetteur sous la glace... Que vont découvrir les savants et les techniciens venus du monde entier qui creusent la glace à la rencontre du mystère ? "La nuit des temps", c'est à la fois un reportage, une épopée mêlant présent et futur, et un grand chant d'amour passionné. Traversant le drame universel comme un trait de feu, le destin d'Elea et de Païkan les emmène vers le grand mythe des amants légendaires.

Mon avis:

Sur les bons conseils de plusieurs blogo-lectrices averties, je me suis lancée dans La Nuit des Temps déjà sûre qu'il ne me laisserait pas indifférente. Et je vous le dis tout de suite, j'ai beaucoup aimé ce livre.

Je reprends rapidement l'essentiel de l'intrigue, qui nous parvient à la fois à travers les yeux de Simon, un médecin français acteur de l'expédition et personnage important du roman et par le regard d'un auteur omniscient.

Donc une expédition scientifique du Pôle Sud découvre un signal étrange qui amène les scientifiques à penser que près de 1000 mètres sous la glace se trouvent les traces d'une civilisation, âgée d'après les calculs de 900 000 ans. Une grande expédition internationale est montée pour aller à la rencontre de ce qui remet en question toutes les connaissances sur l'Histoire de l'Homme. On découvre avec les savants les vestiges d'un monde évolué, qui fondent avec la glace, et on avance en direction d'un "Oeuf" qui protège en son sein 2 humains congelés et un échantillon de tous les éléments marquants du "Monde" de leur époque. C'est donc bien un récit de science-fiction, mais original en ce sens qu'il nous propose de découvrir un passé très lointain mais totalement "futuriste" dans ses extrêmes avancées technologiques.

En décongelant la superbe femme de l'Oeuf, et en découvrant son Monde grâce à ses souvenirs, on ne peut qu'être interpelés par tous les clins d'oeil de l'auteur à la "folie" humaine qui accompagne toujours les grands progrès. En parallèle, on suit l'histoire d'amour tragique d'Eléa et de Païkan, jusqu'à son dénouement shakespearien... Ces Ancêtres lointains possédaient une technologie capable produire tout à partir de rien, en puisant dans l'Energie Universelle... L'homme congelé possède cette connaissance, et tous les enjeux de l'humanité, avec les merveilles et les risques que cela comporte, repose sur son réveil et ses révélations...

J'ai beaucoup aimé cette idée de passé de l'Homme qui le place en véritable génie, qui finalement aura causé sa propre perte... (et le contexte de 1968, national comme international, donne une résonnance forte à cette image). J'ai aimé aussi les descriptions du Monde en -900 000. J'ai bien accroché à l'écriture de Barjavel, j'ai lu ce livre rapidement, portée par le rythme de l'intrigue (certains trouve ce livre lent, moi je l'ai trouvé très dynamique grâce à ses chapitres très courts, et plein de suspense) et accompagnée par la figure attachante d'Eléa. Et j'ai trouvé originale aussi l'atmosphère internationale de l'Expédition Polaire, et la place importante des médias dans le roman.

Si j'avais quelques critiques à faire, ce serait peut-être le rôle trop insignifiant de Simon, dont on partage pourtant les pensées au fil des chapitres. L'histoire d'amour absolu entre Eléa et Païkan, et l'amour un peu mièvre de Simon pour Eléa sont un peu trop simplistes à mon goût...

Pour conclure donc, j'ai beaucoup aimé, et j'en conseille vivement la lecture aux amateurs de SF, et surtout aux autres parce qu'il me semble que ce livre dépasse la simple SF et est maintenant, à juste titre, un ouvrage important dans la littérature francophone. L'intrigue est digne des meilleurs scénarios de films à la mode, et nul doute que si l'auteur était anglophone, le film existerait depuis longtemps déjà... Mais bon, un peu de patience, il viendra sûrement...

Quelques extraits:

La découverte des signes sous la glace: "Ce que les trois autres sondeurs avaient laisser supposer, le nouvel appareil en démontrait l'évidence. Il faisait défiler sur l'écran,, avec une netteté qui ne laissait aucune place au doute, des profils d'escaliers renversés, de murs cassés, de dômes éventrés, de rampes hélicoïdales tordues, tous les détails d'une architecture qu'une main gigantesque semblait avoir disloquée et broyée."

L'espoir suscité par le réveil possible deCoban, le savant qui pourrait changer, 900 000 ans plus tard, la destinée humaine: "Un homme endormi et qu'on allait réveiller allait expliquer l'équation de Zoran qui permettrait de puiser au sein de l'énergie universelle de quoi vêtir ceux qui étaient nus et nourrir ceux qui avaient faim. Plus de conflits atroces pour les matières premières, plus de guerre du pétrole, plus de batailles pour les plaines fertiles. Le Tout allait donner tout grâce à l'équation de Zoran. Un homme qui dormait allait s'éveiller et indiquer ce qu'il fallait faire pour que la misère et la faim, et la peine des hommes disparaissent à tout jamais."

Et la vision de la l'humanité renaissante, qui répète les mêmes erreurs que 900 000 ans plus tôt, à travers la vision d'un pétulant chercheur américain de la base : "Ils sont repartis d'au-dessous du barreau le plus bas de l'échelle, et ils ont refait toute la grimpette, ils sont retombés en route, ils ont remonté encore, et retombé, et, obstinés et têtus, le nez en l'air, ils recommençaient toujours à grimper, et j'irai jusqu'en haut, et plus haut encore! dans les étoiles! Et voilà! Ils sont là! Ils sont nous! Ils ont repeuplé le monde, et ils sont aussi cons qu'avant, et prêts à faire de nouveau sauter la baraque. C'est pas beau, ça? C'est l'homme!"

 

Lu dans le cadre du challenge "Un mot, des titres" sur Livraddict. Mot NUIT.

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