Brexit Romance, de Clémentine Beauvais, éditions Sarbacane, collection Exprim', août 2018, 456 pages, 17 €, 9782377311453. 

Couv-Brexit-Romance

Présentation de l'éditeur :

Juillet 2017 : un an que « Brexit means Brexit » !

Ce qui n’empêche pas la rêveuse Marguerite Fiorel, 17 ans, jeune soprano française, de venir à Londres par l’Eurostar, pour chanter dans Les Noces de Figaro ! À ses côtés, son cher professeur, Pierre Kamenev.

Leur chemin croise celui d’un flamboyant lord anglais, Cosmo Carraway, et de l’électrique Justine Dodgson, créatrice d’une start-up secrète, BREXIT ROMANCE. Son but ? Organiser des mariages blancs entre Français et Anglais… pour leur faire obtenir le passeport européen.

Mais pas facile d’arranger ce genre d’alliances sans se faire des noeuds au cerveau – et au coeur !

Mon avis :

Alors, désolée de vous décevoir, mais comme tout le monde, j'ai adoré Brexit Romance !

Une fois encore Clémentine Beauvais nous embarque de sa plume virvoletante dès les premières lignes dans une aventure aussi rocambolesque qu'originale. Et cette fois-ci, tenez-vous bien parce qu'elle joue à domicile. En bonne française expatriée depuis (trop) longtemps (pour ne pas avoir de séquelles) en Angleterre, elle joue et s'amuse à chaque phrase de ce que le mélange des langues et les cultures offre comme situations concasses - embarrassantes - charming - philosophicomiques (rayez la mention inutile). L'acuité de son intérêt ethnographique pour le peuple britannique ressurgit au fil des pages pour nous servir à volonté des jeux de mots et quiproquos hilarants. Rien que pour cela, ce roman vaut le détour. 

Mais heureusement pour nous, les personnages et l'intrigue sont aussi affutés que les mots de l'autrice. Comme vous allez lire le livre, je n'en parle pas plus. Si vous êtes curieux, vous pouvez toujours aller lire des critiques plus détaillées sur le blog de La licorne à lunettes, ou de Pierre-Michel Robert par exemple. Pour ne parler que des principaux acteurs (même les les secondaires valent le détour... pauvre Cannelle !), laissez-moi vous dire que vous fonderez pour la charmante Marguerite, aussi pétillante qu'une ginger ale. L'espiègle Justine, drôle et suprenante, vous séduira par sa capacité caméléonesque à s'adapter à son entourage. Et si les personnages masculins au tempérament entier et bien trempé vous font trembler des genoux, Pierre Kamenev est fait pour vous ! Laissez-moi vous dire qu'il ne m'a pas laissée de marbre, avec son petit coeur sensible caché sous ses répliques caustiques.

Quant à l'intrigue, diablement bien construite autour d'une idée lumineuse, ses nombreux rebondissements abordent en filigrane des thèmes variés et essentiels (comme la politique, le féminisme, l'interculturalité, l'opéra, l'amour, les réseaux sociaux...), et nous poussent à la réflexion, au-delà du divertissement qu'offre d'abord la lecture. Des remarques pleines d'intelligence se cachent l'aire de rien dans les lignes et vous cueillent en plein éclat de rire... Et je vais vous dire un sercet, cet "humour intelligent", je trouve que c'est le plus savoureux. Et j'ai gloussé de nombreuse fois, relisant dans la foulée un passage délicieux pour le savourer à nouveau.

Et enfin, but not the least, le langage... Probablement mon "personnage" préféré du roman ! Nul besoin de maîtriser la langue de Shakespeare à la perfection pour se délecter de ces phrases bancales, de ces mots employés de travers, de ces discussions un brin coincées et artificielles que les amateurs de franglais reconnaîtront. Clémentine Beauvais parle de ce style si particulier dans un article passionnant (in English) : Literary Translationese. Et ce style, cette "précision dans l'imprécision" des dialogues, pour ainsi dire, vous ne pourrez le savourer qu'en vous immergeant dans le livre. Les Français se moqueront des excuses interminables des Anglais toujours inquiets de paraître impolis, et les Anglais seront schocked à chaque réplique un brin agressive des Français. Que c'est bon de rire des autres, quand on se moque aussi de soi-même !

Je n'en dis pas plus, c'est déjà bien assez le bazar dans cette chronique. Pour résumer, ce roman riche comme un millionaire shortbread vous collera un sourire sur le visage aussi sûrement et durablement qu'un sticky toffee pudding vous colle aux doigts. Si ce n'est pas déjà fait, jetez-vous dessus, vous m'en direz des nouvelles (en commentaire, par exemple !). Et bon appétit bien sûr !

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Lire la gazette L'Ouvr'Âge n° 1, consacrée à Clémentine Beauvais.