La Fourmi rouge, d'Émilie Chazerand, éditions Sarbacane, collection Exprim', août 2017, 256 pages, 15.50 €, 9782448659985.

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Présentation de l'éditeur : 

Vania Strudel a 15 ans, un œil qui part en vrille et une vie qui prend à peu près la même direction.
Et ce, à cause de :
- Sa mère, qui est morte quand elle avait huit ans.
- Son père, un taxidermiste farfelu.
- Pierre-Rachid, son pote de toujours, qui risque de ne plus le rester…
- Son ennemie jurée, Charlotte Kramer, la star du lycée.
- Sa rentrée en Seconde, proprement catastrophique.

Pour Vania, c’est clair : l’existence est une succession de vacheries, et elle est condamnée à n’être personne. Une fourmi parmi d’autres. Mais un soir, elle reçoit un mail anonyme, qui lui explique en détail que non, elle n’est pas une banale fourmi noire sans aspérités. Elle serait même plutôt du genre vive, colorée, piquante ! Du genre fourmi rouge…

 

Mon avis :

Je rattrape enfin mon retard de lecture, et j'avais gardé ce roman de la rentrée 2017 pour ces vacances d'été, parce qu'il me semblait idéal pour ça ! Et j'ai bien fait... L'éclate totale, de la première à la dernière page (enfin, quand je dis dernière... bref, j'y reviendrai !). 

Vania, c'est une héroïne des temps modernes. Oui, une héroïne biscornue, mais une héroïne parfaite ! Pourquoi ? Parce que grâce à elle, plus rien ne te semblera bizarre ou fichu dans ta vie, pas même la jupe coincée dans ta culotte quand tu sors des toilettes ! Non. Parce que Vania, il lui arrive quand même tout un tas de trucs pas faciles à gérer, et ce, dès la naissance. Et elle a un humour... ravageur, qui lui permet d'avancer, de surfer (gamelles incluses) sur les mauvaises blagues de l'univers avec philosophie (résignation, dirait-elle ? ^^). Et quand elle commence à caler, parce que parfois, trop, c'est trop, elle rencontre des gens fous qui la poussent, à coup de mail anonyme, de vidéos vraiment pas cool et de petites copines craignos, à avancer vaillamment dans cette vie franchement pas toujours facile.

Un signe que je vieillis, c'est que je me mets à adorer les parents, dans les romans jeunesse. Avant, je ne les voyais presque pas, trop occupée que j'étais à m'identifier au personnage principal. Mais maintenant... oh, ce père trop chelou, je l'adore ! Quelle chance pour Vania d'être la fille de cette bonne pâte de Strudel (t'as vu ce jeu de mot ? énorme !!!). Les parents, quand t'es ado, c'est à la fois le truc le plus lourdingue et le plus essentiel de ta vie. Les amis aussi... et là, Pirach, c'est le champion toutes catégories. Il va devenir votre meilleur pote à vous aussi, et je suis sûre que vous aurez envie de goûter aux bons petits plats de sa mère vous aussi ! Et Victoire, je vous en parle ? Ce personnage, c'est juste une idée de génie ! Tiens, elle mériterait un tome 2 à elle toute seule ! 

Bref, vous l'aurez compris, les personnages (et il y en a encore d'autres !) sont une des forces de ce livre, tout comme l'humour qui le traverse de part en part. Vous allez glousser, rire, grincer des dents, c'est sûr. Mais s'il n'y avait que ça, ce roman serait vite lu, vite oublié. C'est sans compter la façon très intelligente et fine (sous couvert de blagues potaches) dont sont traités les nombreux thèmes abordés : la différence, le deuil, le mensonge, l'amour... C'est un vrai portrait de société, ce livre, comme le montre son immense succès chez les lecteurs ados. L'autrice a su capter à merveille ce ton unique de l'adolescence, mélange d'enthousiasme, de colère, d'injustice, de sensualité, d'humour, de peur de l'avenir, d'envie de changement, de besoin de stabilité... 

En quelques phrases, je me suis attachée à tout ce petit monde, et j'ai ri, j'ai ri ! Et voilà qu'arrivent les dernières pages... paf, dans ta face ! J'ai pleuré comme une petite madeleine pas cuite. Dans son grand sadisme (ça ne peut être que ça), l'autrice a joué avec mes nerfs : "J'ai bien galéré à te monter cette histoire et à te faire marrer à chaque page, alors maintenant tu vas payer, lectrice, tu vas payer la gabelle au sel de tes larmes...".
Mais c'est pas triste, hein, c'est juste beau et émouvant, comme la vie peut l'être, quand elle arrête de jouer avec toi un moment et qu'elle sort les violons pour que tu ouvres et admires les cadeaux qu'elle t'a faits et que tu aurais pu rater, sans tous ces rebondissements.

Ce roman est jouissif, et si vous voulez un bol de bonne humeur pour commencer l'année, il est parfait, que vous ayez 14 ou 74 ans ! Alors, bonne lecture :)